Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Jonathan Cohen: le baroque 2.0

    17 octobre 2015 |Christophe Huss | Musique
    Jonathan Cohen
    Photo: Freeman Photographics Jonathan Cohen
    Les Violons du Roy, de Bach à Haydn
    Haendel : Concerto grosso opus 6 n° 8. Bach : Concerto brandebourgeois n° 1. Mozart : Sérénade n° 6, « Serenata notturna ». Haydn : Symphonie n° 6, « Le Matin ». Direction et clavecin : Jonathan Cohen. Salle Bourgie, vendredi 16 octobre 2015.

    Quelle intelligence musicale ! Plutôt que de décrire ce qui s’est passé vendredi soir à la Salle Bourgie, avec la venue de Jonathan Cohen à la tête des Violons du Roy, livrons d’emblée la synthèse du phénomène.

     

    Il y a eu dans l’interprétation de la musique baroque et classique une révolution dans les quarante dernières années en ce qui concerne l’articulation, les tempos, le jeu d’archet, le vibrato, etc. Cette phase exploratoire a été digérée en un consensus assez généralisé, même de la part des plus ouverts parmi les chefs de formation traditionnelle (Riccardo Chailly, Kent Nagano, Ivan Fischer, Yannick Nézet-Séguin…).

     

    Les « explorateurs » semblaient vouloir continuer ad vitam aeternam, et jusqu’à épuisement de la bonne volonté des auditeurs, à oeuvrer dans la surenchère de l’accentuation, du vertige des tempos et de la tonitruance des percussions. Jonathan Cohen, ne choisissant pas cette voie-là, apparaît comme l’un des porte-voix d’un « Baroque 2.0 », qui a digéré les acquis pour passer à une autre étape.

     

    L’autre étape à la manière de Jonathan Cohen, c’est l’exploration d’une plus large palette de nuances et de nombreuses subtilités dans les dosages et les colorations. C’est cela que l’on a pu savourer vendredi et c’est cela que l’on retient, incarné par un 1er Brandebourgeois de très haut vol (avec une prestation exemplaire de Louis-Philippe Marsolais et Louis-Pierre Bergeron aux cors et un remarquable trio de hautbois), par un Adagio de concerto grosso de Haendel qui rappelait le « Piangero » de Giulio Cesare et par un Adagio de symphonie de Haydn qui explorait autant la musique que le silence.

     

    La manière de Jonathan Cohen est celle de la communion musicale d’un groupe, dans une approche plus détendue. Avec lui, l’interprétation n’est pas une « performance » ou un « challenge ». Et pourtant l’auditeur reste attentif, captivé. Cohen est un musicien élégant : sa Serenata notturna – admirablement menée par Pascale Giguère – fait preuve d’un esprit amusé mais distingué, plutôt que follement déjanté.

     

    D’ores et déjà le bilan de la manière dont Les Violons du Roy ont pallié l’absence de Bernard Labadie est à classer dans le haut du panier de ce qui s’est fait de plus intelligent, sur le plan artistique, au Québec ces dernières années. Le choix d’invités allie collaborations ponctuelles stimulantes (Pinnock, Goebel, Levin, Spinosi) et rapprochement avec de possibles successeurs de Bernard Labadie, qui, rappelons-le, avant sa maladie, avait annoncé son retrait des Violons, dont il est désormais chef fondateur émérite en plus de rester directeur musical de la Chapelle de Québec.

     

    Parmi les possibles prétendants, Jonathan Cohen et Raphael Pichon, pour l’heure, survolent le lot. Cohen a d’ailleurs fait un discret et habile « statement » sur sa compatibilité avec le poste en s’adressant brièvement au public dans un français parfait.

     

    Un dernier mot pour dire que se déroulait au même moment un concert de Marc-André Hamelin à la Maison symphonique, dont, pas plus que nos collègues, nous n’avons été informés et auquel nous n’avons pas été convié par Pro Musica, qui semble opter pour la voie de l’autarcie et paraît à la dérive depuis le décès de Pierre Rolland et le départ de Monique Dubé. Je n’ai aucune idée combien de personnes se sont pointées à ce récital. Et dire qu’Hamelin avait supprimé la sonate de Schubert de son concert ultra publicisé du Festival de musique de chambre, en mai, pour la réserver à cet étrange « non-happening » tenu en catimini, ou, du moins à l’insu des observateurs assidus de la scène musicale !

    Les Violons du Roy, de Bach à Haydn
    Haendel : Concerto grosso opus 6 n° 8. Bach : Concerto brandebourgeois n° 1. Mozart : Sérénade n° 6, « Serenata notturna ». Haydn : Symphonie n° 6, « Le Matin ». Direction et clavecin : Jonathan Cohen. Salle Bourgie, vendredi 16 octobre 2015.












    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.