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    Face au chaos

    François Brousseau
    6 février 2017 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. | États-Unis | Chroniques

    En seize jours à peine à la présidence des États-Unis, le nouveau président Donald Trump a semé l’effroi et le désarroi dans le monde entier, insultant des alliés (Europe, Mexique, Australie), menaçant des ennemis nouveaux ou anciens (Chine, Iran, une bonne partie du monde arabo-musulman), flattant la Russie, etc.

     

    Aux États-Unis, il a provoqué une levée de boucliers sur plusieurs fronts. Dès son élection, on a vu des manifestations marquées par des appels à « résister à la tyrannie » (slogan lu à Washington le 21 janvier). Après les premières annonces, les premiers décrets mettant sens dessus dessous les consensus antérieurs, les recours judiciaires ont commencé.

     

    À la base des actions de M. Trump : un mépris total pour les règles établies — juridiques, politiques, médiatiques — et une claire volonté de les subvertir.

     

    Trump en est convaincu : les médias qui le contredisent ou mettent en évidence ses faussetés sont des ennemis politiques et des menteurs. Pour le nouvel homme de la Maison-Blanche, l’État de droit n’est pas un concept valable… ni même, peut-être, tout simplement compréhensible.

     

    Lorsqu’un juge a remis en cause et provisoirement bloqué, en invoquant la Constitution, le décret présidentiel sur l’interdiction de séjour de migrants provenant de pays à majorité musulmane, Trump a répondu par le mépris. Il a parlé d’un « pseudo-juge » et n’a pas cru un instant qu’une telle intervention judiciaire puisse compromettre ses plans, encadrer ou limiter son action. Il a promis « la victoire ».

     

     

    L’analyse idéologique classique paraît impuissante à mettre le doigt sur le personnage et à le décrire (peut-être le recours à la psychologie et à la psychiatrie serait-il plus utile)… Cependant, elle peut donner une certaine idée de ceux qui, au cours des semaines suivant le séisme du 8 novembre 2016, ont été nommés : secrétaires, hauts conseillers ou responsables des grandes agences…

     

    En résumé : c’est la droite dure, plus l’élite économique, financière et militaire. Et c’est une subversion tous azimuts, un véritable dynamitage de l’ordre établi que tente Donald Trump, sous l’influence des idéologues radicaux qui l’entourent. Une révolution, oui.

     

    En politique intérieure, par le mépris ou l’ignorance de la séparation des pouvoirs, fondement de la démocratie. En diplomatie, par la remise en question radicale des alliances existantes (enthousiasme pour le Brexit, hostilité envers l’Union européenne, guerre migratoire et commerciale contre le Mexique). Et aussi dans un rapport nouveau à l’information, à la propagande, aux médias : le « post-factuel ».

     

    Le conseiller principal de la Maison-Blanche, Steve Bannon, héraut de la droite nationaliste radicale et de « l’information alternative », sera également au Conseil national de sécurité. En parallèle avec le Département d’État — et parfois contre lui —, cet organisme oriente le président et fait des choix de politique étrangère.

     

    C’est cet homme qui, le 26 janvier en parlant des « médias traditionnels », a dit qu’au vu de leur échec à barrer la route à Donald Trump (ce qui était, selon lui, leur plan), ou simplement à appréhender correctement le personnage dans les mois précédant son triomphe, ils devraient maintenant, en toute humilité… « se taire et écouter ».

     

    Cette administration se déclare en guerre contre les médias. Elle leur conseille de se taire et n’hésitera pas à intimider les récalcitrants : voilà où on en est à Washington en 2017, dans ce pays qui longtemps s’est vu comme un phare, un exemple pour l’humanité…

     

     

    Devant un tel défi, quelle réponse ? Faire des manifs et répéter, sur un air de supériorité morale : « Pas en mon nom ! » « Le pays de Trump n’est pas mon pays ! »… ? Adopter, comme beaucoup de démocrates semblent tentés de le faire, une stratégie de blocage systématique au niveau législatif, miroir inversé de ce qu’ont fait, pendant des années, les républicains contre Barack Obama ? Abandonner la retenue et un journalisme qui croit encore aux faits et aux arguments… pour se lancer plutôt dans une guerre de propagande afin « d’abattre ce régime » ?

     

    Le danger est grand, par une stratégie frontale et partisane, de faire le jeu de ceux qui, aujourd’hui, tentent de subvertir la politique. Une telle approche pourrait aussi avoir pour effet d’alimenter la bête.

     

    L’ère Trump, c’est aussi un angoissant défi moral, conceptuel, stratégique… encore sans réponse.













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