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    États-Unis–Canada

    La menace est réelle

    Il n’y a pas que des coups de gueule derrière les orientations du président Donald Trump, du moins en matière économique. Même s’il ne rallie pas l’ensemble des républicains à ses théories, le gouvernement Trump veut réellement changer le cours des choses. Ce qui risque d’ébranler fortement le modèle économique sur lequel le Canada s’est construit depuis cinquante ans.


    Le message est clair : le gouvernement Trump entend renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) à son avantage, sans quoi les États-Unis s’en retireront.

     

    Selon des informations préliminaires produites par des membres de l’équipe Trump, les secteurs canadiens dans la mire de Washington sont l’agriculture et son système de quotas toujours aussi contesté, l’aide à l’industrie aéronautique, et les limites à la propriété étrangère d’entreprises de télécommunications. On a aussi fait mention du mécanisme d’arbitrage des différends, sans qu’on sache trop par quoi le remplacer.

     

    Le gouvernement canadien doit réagir, ce qu’il a fait en se montrant ouvert au changement, en nommant deux nouveaux ministres responsables, et en embauchant l’ancien premier ministre conservateur, Brian Mulroney, pour faciliter les relations avec le gouvernement Trump.

     

    D’ailleurs, même si sa préférence va au statu quo, le Canada a aussi des demandes, lui qui a été le plus souvent attaqué par des sociétés américaines pour sa réglementation et celle des provinces en matière d’environnement ou de gestion de l’industrie forestière.

     

    Reste à savoir quelle influence et quel poids aura le jeune Trudeau devant un sociopathe à l’ego surdimensionné qui menace de tout casser si la négociation ne le satisfait pas.

     

    Une autre réforme majeure pourrait faire encore plus de mal que l’ouverture de l’ALENA : celle de la fiscalité des entreprises.

     

    Dans un texte publié dimanche, Martin Feldstein, économiste de Harvard et ancien conseiller des présidents Reagan et Bush, avance que 2017 sera une année déterminante pour l’économie américaine et mondiale à cause des modifications à la façon d’imposer les entreprises qui seront adoptées par le Congrès.

     

    D’abord, l’impôt sur les profits pourrait passer de 35 % à 20 %, soit une économie de 190 milliards pour les entreprises. Du même souffle, Washington leur permettrait de rapatrier les quelque 2100 milliards $US de profits engrangés de par le monde, à un taux d’imposition de 10 % au lieu de 35 %.

     

    Plus important pour nous, on a souvent entendu parler au cours des derniers mois d’une nouvelle taxe de 20 % sur les importations. En fait, le mécanisme serait plus complexe, moins susceptible d’être contesté en vertu des accords internationaux et tout aussi désastreux pour le Canada.

     

    Désormais, les sociétés américaines ne pourraient plus déduire le coût de leurs importations dans le calcul de leurs impôts. C’est dire que des sociétés comme Apple, GM ou Pratt Whitney seraient incitées à acheter moins à l’étranger, y compris de leurs propres filiales. Car même au taux d’impôt réduit à 20 %, tout ce qui serait importé leur coûterait 20 % plus cher.

     

    L’approche paraît simpliste, puisqu’on parle ici de hausser les coûts pour les entreprises. Elle ne l’est pas. En effet, selon ses défenseurs, une telle mesure stimulerait la production et l’investissement en sol américain au point de provoquer une hausse de 25 % du dollar américain qui augmenterait d’autant le pouvoir d’achat des entreprises et annulerait le coût supplémentaire de la nouvelle taxe sur les biens qu’elles importent.

     

    Les seuls à subir les effets négatifs de la manoeuvre seraient donc les fournisseurs étrangers, dont le Canada.

     

    Astucieux… pourvu que tout fonctionne comme prévu. Car rien ne prouve que la hausse du dollar américain ne viendrait pas aussi réduire massivement la demande pour les biens produits aux États-Unis. N’est-ce pas là une des critiques récurrentes du président Trump à l’endroit de la Chine, du Japon et de l’Allemagne, qu’il accuse de manipuler artificiellement leur devise pour concurrencer l’Amérique ?

     

    Plusieurs grandes et moins grandes sociétés américaines s’opposent à ce projet risqué. Elles et les 35 États qui tirent profit quotidiennement de leurs relations commerciales avec le Canada sont sans doute nos meilleurs alliés dans la partie de poker qui s’amorce. Une joute aux conséquences multiples encore insoupçonnées pour le modèle de développement canadien, basé sur le commerce.













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