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    Suppression de Sainte-Marie–Saint-Jacques

    Sauvons Manon

    Francine Pelletier
    15 février 2017 |Francine Pelletier | Québec | Chroniques

    Elle est ce qu’on appelle un « être à part ». Unique de par son allure — cette crinière blanche, cette dégaine de cowboy et, oui, cette foutue moustache qu’elle a bien pensé enlever en honneur du Salon bleu, avant de se raviser par « cohérence » pour elle-même —, mais unique aussi par son franc-parler. « Ces discours-là de vieux mononcles cochons qui se trouvent drôles… » Allant droit au coeur du malaise, Manon Massé a décortiqué mieux que quiconque l’acte de contrition de Gerry Sklavounos, disant tout haut ce que bien des femmes pensaient tout bas.

     

    Flanqué par sa tendre moitié, terme qui n’a peut-être jamais si bien servi, M. Sklavounos s’est retrouvé encerclé, jeudi dernier, par l’alpha et l’oméga de la condition féminine. Deux femmes aux antipodes l’une de l’autre : Janneke stand-by-your-man Sklavounos et Manon pas-de-compromission Massé. Une qui lui pardonnait, l’autre qui lui montrait la porte. Si jamais vous cherchiez encore la preuve du chemin parcouru, la possibilité que les femmes ont aujourd’hui de ne pas se conformer à un seul modèle (du genre, sois belle et laisse tes yeux parler pour toi) et bien, la voilà, elle crevait l’écran. Grâce à notre irrépressible Manon.

     

    Beaucoup a été dit sur le « déni démocratique » qu’implique la suppression de Sainte-Marie–Saint-Jacques, y compris par la députée solidaire elle-même, qui risque de perdre la circonscription qu’elle a arrachée de haute lutte en 2014. Moi, j’aimerais souligner le déni démocratique qui découlerait du fait de se passer d’une femme comme Manon Massé tout court. Au moment où l’on gratte le bobo de la diversité, où l’on regarde toujours un peu les musulmans de travers, sa présence à l’Assemblée nationale est une victoire pour l’ensemble de la classe politique comme du Québec lui-même. Manon Massé est la différence incarnée. Si elle a pu trouver sa place à Québec, d’autres qui ne correspondent pas parfaitement aux critères d’usage suivront, du moins l’espère-t-on.

     

    Peut-on même s’imaginer les insultes que cette femme a dû avaler ? Les regards de travers, les courriels haineux… Ouvertement lesbienne, ce n’est déjà pas si simple, mais brouiller à ce point les notions de genre, et porter ça tous les jours ? On n’a qu’à constater à quel point le modèle de la femme parfaite, tirée à quatre épingles, est toujours en place, on n’a qu’à penser à Mme Sklavounos pour constater le courage et l’audace de vivre l’exact contraire. Et le plus beau dans tout ça, c’est que Manon réussit son coup sans aucune amertume, avec le calme et la sérénité d’une sainte. La cerise, c’est que la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques est une machine à aimer, un bulldozer d’empathie et de bon feeling. Le fait d’avoir voulu être prêtre, petite, y est peut-être pour quelque chose.

     

    En 2014, Manon Massé a gagné ses épaulettes par une fine majorité (91 voix) contre, et c’était l’autre grande surprise, la candidate libérale. Même en 2014, on ne s’attendait pas à cette débandade péquiste dans la circonscription jadis détenue par Claude Charron. Aujourd’hui, on est convaincu que la nouvelle porte-parole de QS l’emporterait aisément. « J’ai pas voté pour vous en 2014, mais comptez sur moi la prochaine fois ! » lui répétait-on lors du rassemblement en soutien à SMSJ, dimanche dernier. En l’espace de deux ans, Manon Massé a montré de quoi elle était capable. Et on oserait faire un pied de nez à une telle réussite ?

     

    Aussi, la notion farfelue de joindre le Centre-Sud à une partie de Westmount–Saint-Louis, en plus du manque de transparence et du mépris pour les plus vulnérables, est une insulte à l’égard de Québec solidaire, déjà amplement désavantagé par le système électoral en place. Tout le monde sait, on en parle à chaque élection, que le « scrutin uninominal majoritaire à un tour » désavantage les petits partis qui recueillent toujours beaucoup plus de voix que de sièges. Le véritable appui à ces partis est donc toujours escamoté, jamais clairement visible. De là à les traiter comme encore plus marginaux qu’ils ne le sont, il n’y a qu’un pas que le système et les partis « établis » franchissent allègrement.

     

    La décision de la Commission électorale de supprimer SMSJ est un bras d’honneur à l’idée même de la diversité, de la marginalité et de la représentativité juste et équitable. Qui, en plus, nous priverait d’une femme à tous points de vue exceptionnelle.













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